Une histoire de parfum

L'Heure Ambrée

Là où la mémoire se fait fragrance.

Il y avait, à Grasse, un atelier que le soleil de fin d'après-midi traversait en oblique. La lumière y déposait une teinte de miel sur les flacons alignés, et c'est à cette heure précise — ni tout à fait le jour, ni encore le soir — que le vieux parfumeur composait ses plus belles choses.

Il disait qu'un parfum n'était pas une odeur, mais un souvenir qu'on n'a pas encore vécu. La bergamote pour l'élan du matin, la rose pour ce que l'on n'ose pas dire, et l'ambre, tout au fond, pour la trace que l'on laisse derrière soi quand on quitte une pièce.

Une jeune femme poussa un jour la porte. Elle cherchait, dit-elle, « l'odeur d'un été qu'elle n'avait jamais oublié ». Le parfumeur ne répondit rien. Il ouvrit trois tiroirs, mélangea sans regarder, et tendit une mouillette. Elle ferma les yeux. Le figuier de son enfance était là, entier, avec le sel de la mer et la chaleur des pierres.

C'est cela, le vrai secret d'un parfum : il ne se porte pas, il se reconnaît. Et longtemps après que le flacon fut vide, elle garda l'impression que quelqu'un, quelque part, se souvenait d'elle.


Pyramide olfactive — Tête : bergamote, poivre rose. Cœur : rose de mai, figue. Fond : ambre, bois de santal, musc blanc.